La Wallonie Picarde vous souhaite la « Bienvenue »

La plate-forme « bienvenue à Tournai » lancée il y a deux ans marque le coup en 2011 avec de multiples actions concernant le droit d’asile. L’idée est de venir en aide aux familles de primo-arrivants qui arrivent en Wallonie picarde en réfléchissant à toutes les pistes capables de leur simplifier la vie .

Pour Isabelle Deschamps, membre de la plateforme, la principale difficulté pour lancer la plateforme restait la difficulté d’identifier clairement un public potentiel. « Les étrangers » sont un public qui par définition ne s’affiche pas. Il n’y avait pas de point de départ sur lequel se baser. Pas de permanence ni de centre interculturel comme à Mons. La commune, le CPAS et l’ILA ont bien des services spécifiques, L’ILA de Tournai a par exemple pour mission d’accueillir entre 75 et 80 personnes mais cette mission ne concerne que les demandeurs d’asile, c’est à dire, une procédure bien précise. Les personnes qui n’ont pas encore fait la demande ou celles qui ont été recalés ne participent alors à aucune autre procédure d’accueil ou d’encadrement. Cette situation encourage alors une logique de travail au noir et de marchands de sommeil et nous ne voulons pas être ignorants par rapport à cette situation. Ce n’est pas parce que la quantité de personnes étrangères en Wallonie picarde n’est aujourd’hui pas particulièrement importante que nous ne voulions pas y apporter un accueil de qualité.

Cependant, les initiatives des ces derniers mois font également échos à l’actualité sociale de la ville de Mouscron. L’annonce par Yves Leterme, à la fin de son mandat, de créer 700 places d’accueil d’urgence à Mouscron sur le site de la clinique Le Refuge avait été fermement rejeté par les riverains mais aussi par les autorités communales. En cause, un risque de ghétoïsation et la proximité avec des quartiers dit difficiles du Nord de la France. Un projet d‘initiative locale d’accueil (ILA) développé par le CPAS de Mouscron, qui consiste en de petits hébergements intégrés dans la commune a depuis été proposé à la Secrétaire d’Etat à l’Asile, à l’Immigration et à l’Intégration sociale Maggie DE BLOCK.

Un réseau de proximité

Au fur et à mesure, les professionnels du social et de l’associatif de la région ont mis en place un véritable réseau. Celui ci est actuellement constitué de la Maison médicale Le Gué, la section régionale du MOC, le Forum Citoyen , le Relais Laïc, la Ligue des familles, Canal J, la Maison Internationale (qui accueille les étudiants étrangers), le planning familial Les Familles heureuses, Les équipes populaires, l’association « Les amis du monde », plus une dizaine de bénévoles. Ces associations, jouent le rôle qu’elles jouent d’habitude tout en ayant été formées et sensibilisées à la thématique. Le forum citoyen s’attelle ainsi à la préparation de dossiers d’ancrage qui attestent et détaillent une série de démarches lancées par les primo-arrivants pour s’intégrer dans leur quartier, d’autres vont accompagner des familles pour faire un virement à la banque, aller à la Maison des famille pour se procurer un colis alimentaire, etc.

En 10 décembre 2011, la plate-forme avait organisé une fête interculturelle dans le quartier dit de Choîseul afin se faire connaitre auprès des associations locales et des habitants. Plus récemment, le 14 mars, la plate-forme avait organisé une formation sur la politique d’asile en Belgique à destination des professionnels de l’associatifs et du social mais également à tout public intéressé.

D’autres projets sont en cours et la plate-forme vient de répondre à un appel à projet lancé par la ministre Eliane Tillieux.    Au programme : un cycle de rencontres conviviales comme des ateliers « cuisine » ou culturels, des formations ainsi qu’un guichet de premier accueil, la réalisation d’un guide du migrant pour la région de Tournai et l’ouverture d’une permanence téléphonique et d’accueil 24 h/24.

Enthousiastes, les membres de la plateforme misent sur les rencontres, la convivialité et la proximité, qu’offre des villes plus restreintes comme on en trouve dans la région pour faire évoluer les mentalité tournaisiennes vers une mentalité d’accueil, avec un apriori favorable. Ici, on se connait tous, on se parle. Si quelqu’un frappe à une porte, on sait qui contacter pour rencontrer le besoin de cet personne, un coup de fil et c’est fait. C’est une proximité de la débrouille.

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Couper l’herbe sous le pied…

Situé sur la rive gauche de Tournai, déjà habitée à l’époque romaine, «Saint – Piat» est un quartier historique et populaire. Apprécié pour son énergie, il est également réputé comme étant un quartier pauvre et difficile. A côté de certaines maisons datant de l’époque louis 14 et d’autres de style néo-classique, on retrouve aussi des magasins, des appartements, des usines…vides. Depuis le début des années nonante, ses habitants se bougent et proposent des solutions afin de maintenir l’âme et la vie du quartier.

À Saint-Piat, il existe une ancienne piscine publique, transformée en skate parc et juste à côté des bains douches, construits au 17eme siècle pour freiner les épidémies de peste et le choléra. On trouve aussi «La Ruche» qui récolte des objet et vêtements de seconde main, accueille les passants et organise un lavoir social. Le quartier compte aussi de nombreux logements sociaux, une maison d’enfants, ainsi qu’un service d’aide à l’intégration sociale (SAIS), une maison médicale, l’association SOS Enfants, le centres de scolarité et de loisirs du CPAS, et des magasins au jolis noms comme Les petits troquets ou La solderie.

Quartier Saint-Piatique…

Au milieu du quartier, délimité par la rue Madame, la rue Saint-Piat, la rue Cherequefosse et le quai des poissonsceaux, on trouve aussi tout ces lieux vides comme les anciens magasins Hubo, l’ancienne Technique Electrique Industrielle appartenant à la régie des bâtiments d’Etat et un hêtre pourpre plus que centenaire. Ces dix ares de verdures ont été rebaptisés « Jardin sympiatique » par les habitants. Les familles, les curieux s’y étaient retrouvés, des ateliers organisés. Des jeunes du quartier venait y mettre « la main à la patte », lorsqu’ils s’ennuyaient et qu’ils n’avaient pas trop le moral. Pour des raisons de sécurité, il a fallut être raisonnable et fermer, cadenasser le tout.

 Les habitants proposent

Le collectif Droit Au Logement, dit le DAL, a proposé à la ville de Tournai, de racheter le terrain pour en faire pleinement profiter le quartier. Trop couteux a répondu la ville. Le DAL, aidé par un architecte et un urbaniste du quartier et en collaboration avec les habitants, a alors proposé un plan de réaménagement du quartier. Ce plan comprenait un espace centrale, vert et accessible à tous, la création de logements sociaux et « moyens », l’aménagements de voiries essentiellement piétonnes, ainsi qu’un espace où l’on trouverait une maison de quartier, des services et des commerces de proximité. La ville, qui reçoit le projet avec enthousiasme en….., décide alors de mettre en place un plan de remembrement urbain. Ce type de processus gomme l’ensemble des règles urbanistiques, mais impose la création d’un comité d’accompagnement. Un bureau d’étude, le Centre de Recherche et d’ Etude d’ Aménagement du Territoire (CREAT), est désigné pour délimiter un terrain qui reprendra l’ancienne piscine « Madame », l’ancienne TEI, les anciens magasins Hubo, des bâtiments privés situés à l’intérieur du bloc, l’ancienne Union ferronnière, ainsi qu’une propriété du CPAS, appelée « la fondation des bons bourgeois ». ….Après études et rencontres, le CREAT propose à la ville de Tournai et aux habitants, un plan estimé « rentable » et assez semblable au plan proposé par le DAL un an auparavant. La ville répondit alors…plus rien!

La ville dispose

Plus de nouvelles, mauvaises nouvelles. En…, la ville et l’intercommunale IDETA arrivent avec un projet subsidiable de 2900 000 euros alloués par la Région Wallonne. Le projet, une micro zone économique, s’inclurait dans le plan « Marshall 2 vert et réintroduirait en ville de l’industrie et de l’artisanat non polluant ». Nommé « Technicité », le site accueillera des entreprises de publicité, d’imagerie numérique et de graphisme. Censé créer « un effet de levier » et de la mixité sociale sur le reste du quartier, le bourgmestre, Christian Massy, ne peut toutefois pas encore estimer le nombre d’emplois que le site apporterait. La ville tient à rassurer en affirmant que les bains douches seront maintenus, que le roller skate sera remplacé, que 35 logements seront crées et que le site pourrait accueillir la maison médicale. En ce qui concerne l’absence de commerce dit « de proximité », le bourgmestre relativise en précisant qu’il existe « encore » des commerces à Saint-Piat, dans les quartiers adjacents et « qu’il suffit de traverser le boulevard pour se retrouver aux Bastions », le plus important centre commercial de la ville. Pour le collectif DAL, les gabarits des nouvelles installations sont surdimensionnées et l’économie proposée ne sera pas intégrée dans le quartier. Il s’interroge aussi sur le caractère public des lieux. En effet, un espace vert est prévu, mais au milieu de bureaux, ouverts de 9H à 18h. Les intéressés s’inquiètent. « Et après? Zone libre ou lieu social? Est ce que l’on se sentira encore chez soi? »

Dans l’émission communautaire réalisée par le DAL sur la télévision locale Notélé, Pierre Van de Wattine, directeur de l’IDETA, soutient que 13 à 15% du terrain seront réservés à la création de logements « crées par le public ou le privé, en insistant bien sur le fait que ce n’est pas notre préoccupation principale ». Il assure également que des compromis sont encore possibles « d’un point de vue de l’aménagement et de l’expression architecturale ainsi que par rapport à l’espace publique, l’accessibilité des lieux, etc. » Si des compromis sont encore possible, il semble qu’il faille s’activer. « On en a marre de voir ses bâtiments qui tombent en ruine en face de l’école et des poubelles qui restent là, marre que cela ne bouge pas, alors si on veut faire de l’économique, d’accord, parce qu’il faut que ca bouge » voilà les propos tenus sur le plateau de l’émission par Martine….., la présidente du comité de quartier. Et quitte à ne pas penser à la convivialité des lieux, à l’appropriation du quartier par ses habitants, il va certainement falloir penser à la sécurité des lieux. Car sinon, comme le dit si bien Marie-Christine Marghem…..il ne faudra pas s’étonner d’y voir « les rats et autres squatteurs s’installer ».


Jeunes tunisiens de Belgique, la révolution et après?

En Belgique, les jeunes tunisiens se bougent aussi. La révolution en cours fut pour eux un électro-choc. Beaucoup veulent se réapproprier ce qu’il leur était auparavant interdit : des outils d’expression.

Jihène, belgo-tunisienne, 26 ans, a « loupé » les évènements de janvier 2011. Euphorique, puis frustrée, elle décide en juin dernier d’aller réaliser un film sur place. Pour se faire, elle a repris contact avec l’ Institut Bourguiba des Langues Vivantes de Tunis où elle étudiait encore il y a tout juste un an. La « Bourgiba school » accueille chaque été des centaines de Tunisiens de l’étranger venus perfectionner leur arabe classique. Et cette année, leur engouement pour la Tunisie a décuplé. Beaucoup veulent s’investir : apprendre l’arabe mais surtout, découvrir enfin la Tunisie, la vraie, plus celle des cartes postales. Faute de moyens, de chance et peut-être, avoue-t-elle, de convictions, Jihène ne terminera pas son documentaire. Le film n’a pas abouti, mais une interview de quatre heures s’est transformée en histoire d’amour. Skander, son petit ami depuis, devait être un des personnages du film. Ce qui lui plaisait dans le projet de documentaire, c’était la question de l’identité des Tunisiens de l’étranger. Reconnu par son père sur le tard, il découvre la Tunisie à l’âge de quinze ans et la découvre encore aujourd’hui, en pleine métamorphose. Depuis son retour à Paris, il continue à se renseigner activement sur la politique et les nombreux partis tunisiens. Jihène, à Bruxelles, déchante un peu. « Il y a trop de partis, cela risque de se jouer entre Ennahdha, le PDP (Parti démocrate progressiste) et quelques autres… » Et même si elle les comprend, elle est énervée par l’impatience des tunisiens « qui veulent tout tout de suite ».

Range ta perche!

Slim, 26 ans également, sait, lui, qu’on aura pas « tout, tout de suite » mais qu’il est grand temps de se bouger, là, tout de suite. Permanent à la JOC de Liège, il veut se servir de « la leçon » tunisienne, en Europe et en Belgique. Ici, on peut bloquer tout un ministère sans avoir peur de mourir. Si eux le font, alors qu’ils savent ce qu’ils risquent, nous aussi ont doit agir. Car, ici aussi, il va falloir se battre, pour défendre nos acquis sociaux… Les tunisiens nous ont appris à ne pas avoir peur d’être radical, à y croire. Des jeunes qu’on disait bons à rien se sont organisé en comités de vigilance pour défendre eux-même leur quartier, ils se sont auto-gérés…Ils ont été créatifs! La peur du régime, Slim la vivait d’ici. Les milices de Ben Ali racontées par son père, arrivé en Belgique pour raisons politiques, étaient devenus pour lui « de véritables monstres ». Alors, quand il est partit avec son ami Oussama, tourner un documentaire audio, cela a été un véritable choc émotionnel. Quand l’équipe de tournage m’a demandé de parler politique et de me rendre dans les quartiers chauds alors qu’on me l’ avait toujours interdit, j’étais perdu! Le preneur de son, avec sa perche en l’air…j’avais toujours le réflexe de lui dire : Rentre ta perche ! À Gafsa, j’ai faillit faire une crise d’angoisse. Les gens étaient surexcités, ressemblaient à des clochards, avec des haches et tout…Il y avait cette Clio teintée et des mecs en moustache comme dans les films. Si le récit a des airs paranoïaques, la peur reste toutefois omniprésente en Tunisie. Particulièrement pour Oussama, qui a vécu là bas jusque ses 19 ans et qui jouait dans un groupe de musique « engagé ». Depuis qu’il a reçu, le 09 janvier, un mail annonçant clairement que cela allait effectivement bougé, la peur ne l’a pas quitté. J’avais peur des conséquences parce que je savais de quoi la police était capable en cas de répression. On a grandit avec la peur de se faire choper. Mais aussi des conséquences sur la famille. Toi, tu peux partir, mais ta famille reste ici…

Une revanche…

Walid, 32 ans, suivait la politique tunisienne depuis longtemps également. Je m’étais dit : si les manifestations entrent à Tunis, j’achète mon billet. Je l’ai acheté une semaine avant le 14, mais mes parents n’ont pas voulu que je vienne. Je suis donc descendu le 20 janvier et j’y ai fait ma carte d’identité pour la première fois. Aujourd’hui, Walid sait déjà pour qui il votera, un parti bien de gauche, pour être sur qu’il est bien du social dans la constitution. En terme de créativité, il a aussi un projet : photographier la campagne d’affichage. En 2007, deux semaines avant le Sommet international de l’information organisé par l’ONU et la Tunisie, j’ai été arrêté par la police parce que je voulais prendre une photo en hauteur de l’Avenue Bourgiba. Ils m’ont amené au ministère de l’intérieur et voulais prendre ma pellicule, j’ai refusé, ils m’ont gardé. Le fait que je sois tunisien de l’étranger, que je sortes de Sciences-po, cela les a calmé. Maintenant, je veux prendre ma revanche, photographier les affiches : voir si on va les arracher ou pas, comment les partis vont s’organiser, quel sera leur marketing? Je suis curieux de voir la typographie des affiches, leur graphisme, les slogans. C’est quelque chose de tout à fait nouveau! Je suis sur qu’il y aura de chouette trucs!

http://www.radiopanik.org/spip/Quand-le-bassin-minier-tunisien


Débrouille et petits bonheurs

Entre émotions et logistique, la venue d’un enfant, cela chamboule le quotidien. Nous avons suivit celui de Pierre* et Laura pendant les trois derniers mois de leur grossesse. Un couple qui, malgré les petites difficultés de la vie, a décidé de s’écouter et de se faire plaisir.

L’Atlantide est une piscine qui accueille des séances de préparation à l’accouchement. Quand on y entre l’air est chaud et doux, c’est une bulle de calme et de chaleur. Isabelle, sage-femme et haptonome1, y propose un programme complet d’exercices et d’accompagnement. Cinq couples dansent et flottent dans l’eau, enlacés. Une musique légère les accompagne : un peu de classique, de tambour, de bruit de vent, d’eau qui coule, d’oiseau… Les femmes sont justes « biens », elles vivent, savourent. Les hommes les transportent dans l’eau, les protègent et n’en finissent pas d’être ébahis devant un tel spectacle. Ce calme est parsemé des rires de Pierre et Laura, de bons élèves.

Organisés et complices

Laura est inscrite au site Ma grossesse.com . Selon le système de compte à rebours, ce site l’informe sur l’évolution du bébé et sur les démarches à effectuer. Aujourd’hui elle imprime une page conseil avec tout ce qu’il faut placer dans la fameuse valise. C’est l’heure du choix des chaussettes et des chemisettes… « Celle là je la mets d’office, c’est maman qui me l’a achetée…et puis celle avec l’imprimé ‘Ca c’est pour papa’, aussi !». Lorsqu’il faut choisir ses vêtements à elle, Laura opte pour le confort. « Il y a des vêtements que j’ai depuis 10 ans, mais je les adore ! ». Idem pour les petites culottes… « Allez je vais chiper quelques caleçons à Pierrot !! » et Laura éclate de rire !

La valise fermée, Laura soupire. Elle pense appeler Pierre, parti « déménager » le salon Cocoon2 à Bruxelles. Elle et Pierre travaillent tous les deux à L’ONEM3 où ils se sont rencontrés. Pierre gagne 1300 euros par mois, pas beaucoup quand on a déjà deux enfants à charge et un divorce qui tarde. Alors le week-end, il déménage, désinstalle, fait les routes, parfois jusqu’à Paris. Un travail non déclaré, stressant et lourd physiquement. « Lui il s’inquiète pour moi, mais je m’inquiète pour lui aussi. Ce n’est pas facile du tout. Pierre a quelques problèmes aux chevilles et aux poignets. Il se casse vite ! Il a l’air costaud comme ça avec ses poignets d’amour, mais il se casse vite ! »

Une bonne nouvelle au bout du fil. Pierre s’est débrouillé pour récupérer un peu de tapis au salon Cocoon pour la chambre du bébé. ‘Pierrot’ rentrera tard. Laura en profite alors pour lire un bouquin. Parfois très tard parce qu’elle ne sait pas s’endormir seule, elle stresse. Pourtant elle n’est pas toute seule, Bandit, son Yorkshire, ne la laisse pas une seconde tranquille et Granny, sa mère n’habite pas très loin. Celle-ci vient souvent dire bonjour à l’improviste, curieuse et bienveillante. Tantôt elle ramène telle ou telle chose en posant plein de questions, tantôt elle se fait toute petite pour observer son bébé à elle.

Du sur mesure

Deux semaines ont passé. Je retrouve Pierre et Laura dans l’eau, en train de rire et de se chamailler. Les futurs papas sont placés derrière chacune des mamans. Ensemble, ils poussent un ballon de la surface de l’eau vers les genoux écartés de la maman, comme s’ils poussaient déjà… Ils veillent à respecter le rythme respiratoire de la maman, se placent dans la position la plus adéquate et la plus confortable. Ces séances de préparation à l’accouchement coûtent 20 euros par couple et 12 euros sont remboursés par la mutuelle. Le bien-être n’est plus vraiment un luxe. En sortant de l’eau, les couples discutent de la journée de demain : la porte ouverte de la Maternité des dix lunes, où beaucoup ont décidé d’accoucher. Cette maternité a une philosophie propre. « Parce que naître n’est jamais banal », chaque couple peut constituer son projet de naissance en fonction de ses attentes. Laura, elle, accouchera dans l’eau. « Ce sont les séances en piscine qui m’ont donné envie. Je vais bientôt accoucher, pour la première fois, et franchement, je n’ai vraiment pas peur. Nous sommes préparés. Cela nous a donné confiance. Pour Philippe aussi, cela lui a donné plus confiance en lui. » Pierre : « Oui, moi je me suis beaucoup investi aussi, plus que pendant les grossesses pour mes deux enfants précédents. »

31 décembre, 21 heure, Pierre et Laura réveillonnent en amoureux. C’est l’heure des huîtres …et des premières contractions. Pierre, de par son expérience, reste calme : « Y a pas l’feu ! ». Vers 22h, ils appellent le parrain de Déborah et Isabelle, la sage -femme qui fait justement les nuits. Isabelle, connaissant Pierre, croit d’abord à une blague. Mais non, Déborah arrive. Vers 22h, Laura commence à s’exciter : « Allez ! vite, vite ! on y va !! ». La « salle Eau » offre une une ambiance sereine et intime. Laura, accompagnée de Pierre et d’ Isabelle, a fait son travail dans un espace personnalisé. Un bain de dilatation avec jacuzzi était mis à leur disposition. Pour l’accouchement aussi, un bain aux dimensions adaptées (profondeur, largeur et appui pour les pieds) était prévu. L’accouchement s’est fait comme en piscine, avec Pierre derrière Laura, tout deux respirant et « soufflant » à l’unisson. Leur bébé, Déborah, pèse 3kg 775 et mesure 48 cm. 

* Les prénoms ont été changés

1. L’haptonomie est la science des interactions et des relations affectives humaines. Elle permet d’entrer en contact (tactile) pour guérir, rendre entier, confirmer. (www.haptonome.be)

2. Salon de décoration et d’habitation organisé depuis 1990 à Bruxelles

3. Office national de l’Emploi (ONEM)


Hammams et bains publics, l’indispensable rôle sanitaire

Hammams et bains publics, l’indispensable rôle sanitaire

Paradoxe criant de notre société hygiéniste et narcissique, la salle de bain blanche et bleue des publicités n’est pas une évidence. Pour certains, se laver demande beaucoup d’organisation, et il faut aller chercher « dehors » les éléments propres aux soins du corps et à l’intimité.

C’est le cas de Fatima qui, a plus de septante ans, vit dans un trois pièce avec son fils et son petit fils. Pendant trois ans, elle s’est rendu chaque semaine au Hammam du Bonheur, près de la gare du midi. Plus par nécessité que par tradition. « Il y a des belges qui se lave au seau ou au lavabo, moi je n’aime pas! Ca va pas…! » Après plusieurs années à attendre la création d’une douche dans son appartement, des problèmes de santé l’ont décidé à en construire une, d’elle même, à l’insu de sa société de logement. Au Hammam du bonheur, d’autres personnes ont connu la même situation. Des locataires de logements sociaux, viennent ici pour se laver « vraiment », c’est à dire, autrement qu’au robinet. Pour dix euros, c’est également l’occasion de se détendre, d’être au chaud et de bavarder entre femmes de tout âge. Des européenne non maghrébines ont également pris l’habitude de s’y rendre entre copines. L’ambiance y est calme et bon enfant.

D’autre lieux aquatiques, moins « voluptueux », remplissent également cette fonction sociale et sanitaire. La ville de Bruxelles compte trois centres de bains-douches publics destinés à « une population dépourvue de sanitaire à domicile. » Les bains-publics de Saint-Gilles, à la place du jeux de balle, comptent ainsi 30 cabines douches. À l’intérieur de chaque cabine, on trouve un petit miroir , un porte manteau et un tabouret. Des essuies peuvent être loués à l’accueil, mais on peut aussi s’en procurer sur le marché pour trois fois rien. Une douche dure 20 minutes et coûte 2,5 euro . Il y a les clients réguliers, les « accidentés », temporairement en galère et les « arrivés » de « sans-papiers ». Pour s’y rendre, les « sans-papiers » voyagent plus légers que les SDF « classiques » qui arrive avec leur caddie et toutes leurs affaires dans l’étroite cabine. Mais, Gisèle, une des responsable de l’accueil, remarque une chose : presque tout le monde prend quelques instants pour choisir une cabine et s’installer calmement. Comme si pendant une demi-heure, ils retrouvaient un peu d’intimité. L’endroit n’y est pourtant pas propice. « Frugal », nous précise même Claudine, qui vient pour la première fois. Agée d’une soixantaine d’année, cette femme ne fait pas partie du public habitué des bains publics. Elle vit seule dans un quartier plutôt chic, près de l’Avenue Louise. Suite aux inondations du mois d’août, elle n’a plus d’électricité et plus de chaudière…

Son quartier n’étant pas desservit par les métros, elle prend 40 minutes pour venir jusqu’aux bains…en attendant les réparations. Hemdi, elle aussi, explique en quelques mots la raison de sa venue lorsque elle salue Gisèle. « Cela fait x fois que l’on remplace ma chaudière…à chaque fois elle est bouchée! Heureusement que je ne pue pas facilement! » lance-t-elle a Gisèle qui écoute avec pudeur et attention. « Pour certains, venir ici est dégradant. Parce que c’est quelque chose d’intime, alors qu’ici, c’est publique, tout à fait impersonnel. Il y a quelque chose qui cloche… »

« Etre bien dans sa peau »

À quelques rues plus loin des bains publics, se trouve le centre « la Fontaine » géré par Marie-Thérèse Reul, une fille de la charité. L’idée du lieu est d’ apporter une réponse aux problèmes d’hygiène rencontré par les personnes dites « dans le besoin ». Avec quatre douches, une infirmerie et une buanderie pour nettoyer le linge, Marie-Thérèse et ses collègues accueillent 50 personnes par jour. A cause de l’importante demande, une même personne ne peut venir qu’une fois par semaine mais les services sont totalement gratuits. On peut s’y laver, se soigner, mais aussi se brosser les dents, se couper les cheveux, se raser… En tant que lieux où l’on prend, pour une fois, soin de son corps, la Fontaine fait également office de lieu de prévention : contre les parasites, la gale, les poux, la tuberculose ou les mycoses…. « Ne pas pouvoir se laver régulièrement, c’est aussi ne pas découvrir sa peau, ou alors très rarement. Beaucoup ignorent avoir telle ou telle plaie, tout simplement parce qu’ils ne se déshabillent jamais ». En 14 ans, le centre a accueillit 106.128 personnes et ce sont 800 nouvelles personnes qui arrivent chaque année. La demande augmente et on ne sait plus y répondre.



Saute-frontière pour jeunes déficients mentaux

La région frontalière compte de nombreuses structures socio-éducatives destinées aux personnes handicapées ou aux jeunes en difficultés. Ce phénomène est né de la séparation de l’État et de la religion en France qui poussa de nombreux homes et orphelinats à se réfugier en Belgique… à la frontière franco-belge. Le succès de ses institutions fait que beaucoup de résidents belges n’y trouvent aujourd’hui plus de place. Les causes de ce manque de place et de prise en charge en Belgique, mais surtout, en France sont multiples. En Belgique, on pense à ouvrir les structures et à varier les offres d’accompagnements. En France, on tente de combler le déficit, mais l’effet de retard persiste et les priorités politiques posent question.

« Trop de français en belgique »

En Belgique, la priorité est donnée à la prise en charge éducative et au projet individuel, alors qu’en France, on parle plutôt de soins, nous précise Alice Baudine, administratrice générale de l’AWIPH (Agence wallone pour l’intégration des personnes handicapées). Car c’est bien cette fameuse « chaleur humaine » qui caractérise les institutions belges. Xavier Jonnaert est directeur du Centre Cerfontaine, qui compte plus d’une vingtaine de sites adaptés dans la région de Tournai. Selon lui, il est faux de penser qu’il est plus avantageux d’accueillir des bénéficiaires français plutôt que belges. « Il y a plus de 20 ans, les quotas de places d’accueil ont été fixés pour les bénéficiaires belges. Par contre, on peut toujours accueillir des français en surplus! Ce système vaut pour les institutions agrées et subventionnées par l’AWIPH. Après, il existe les APC (Autonomie de Prise en Charge) qui sont subventionnés partiellement et qui elles accueillent beaucoup de français. » Ainsi, les institutions belges sont subventionnées par forfait annuel auxquels on ajoute des frais « spécifiques », ajustées par trimestre alors que les français accueillis en Belgique sont subventionnées par la France en « taux à la journée ». « Les taux à la journée sont élevés, mais quand la personne ne vient pas, on ne reçoit rien….se défend Xavier Jonnaert. « Mais il est vrai que beaucoup de proches sont harassés de ne pas trouver…Il y a alors parfois des associations de parents qui créent eux même leur centre d’accueil. Ces institutions sont reconnues par l’AWIPH, mais ne sont pas conventionnées et se se débrouillent avec les allocations d’aides aux personnes handicapés. »

On ouvre les structures, on personnalise…

Alice Baudine de l’AWIPH, explique ces carences d’hébergements par la question des limites budgétaires. « Notre budget total représente 5 à 6% du budget de la Région Wallonne. Ce budget n’est pas extensible à l’infini. Il faut à la fois répondre aux exigences de la convention de l’ONU sur l’intégration des personnes handicapées dans la société et à la fois tenir compte de budgets limités. La réponse est de favoriser les prises en charges plus légère. Les SRT, (Services de Résidence de Transition) ont été créés il y a cinq ans. Ils ressemblent à des logements privées mais sont supervisés par une institution. En 2010, on a également lancé les « Logements encadrés novateurs », 7 projets pilotes ont été lancés pour une durée de trois ans.

En France, le système évolue également. Xavier Jonnaert, du centre Cerfontaine, constate que de nombreux résidents retournent en France au fur et à mesure que s’ y ouvrent des institutions. « Les jeunes en filière professionnelle, par exemple, ne viennent plus car des solutions sont trouvées en France, tout comme du coté des services de déficiences mentales légères. Par contre, la volonté d’individualiser les projets et l’accent porté à l’éducation fait toujours cruellement défaut. Les jeunes présentant des troubles du comportement aigus ou des troubles psychiatriques sont trop souvent envoyés vers des structures purement psychiatriques.

« Beaucoup de mineurs délinquants, qui passent à l’acte, auraient besoin de soins pédopsychiatriques mais les possibilités de prise en charge manquent cruellement », précise également Unicef France qui s’inquiète des orientations françaises en matière de prise en charge. « Après l’assouplissement de l’usage des Centres Educatifs Fermés, c’est la loi relative à « la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale et le jugement des mineurs » qui vient d’être votée ce six juillet à l’Assemblée nationale. Tout cela alors que les effectifs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ont baissés de 400 personnes en 2 ans ».

http://www.alterechos.be/index.php?p=arch&d=l&c=a&lg=1&s_id=178


Palestine : Comment les enfants évacuent les traumatismes de guerre…

Après 60 ans de conflit, vécu par leurs parents puis par eux-mêmes, les enfants palestiniens sont marqués par l’insécurité physique et psychologique. Professeurs et psychologues, confrontés à leur angoisse, s’attachent à les rassurer. Par l’écoute… et les jeux qui exorcisent la peur.

Le Docteur Fadel Abu Hein est professeur de santé mentale et de psychologie à l’Université Al-Aqsa de Gaza. Certains de ses étudiants se plaignent de perdre littéralement leurs capacités mentales. Ils lui confient : « Docteur, il y a encore quatre ans nous nous sentions intelligents et pouvions acquérir rapidement des connaissances. Maintenant nous avons perdu notre concentration et notre énergie. Nous sous sentons stupides. » Des études démontrent, effectivement, que l’exposition prolongée à des traumatismes affecte les fonctions cérébrales. David Trickey, psychologue spécialisé dans le stress traumatique, a démontré que le cortisol libéré dans le sang par les poussées d’adrénaline a des effets positifs pour la survie à court terme. Mais diffusée durant de longues périodes, cette substance devient toxique et affecte le cerveau (1). C’est encore plus vrai pour les enfants dont le psychisme est encore en développement. La répétition des traumatismes affecte leurs émotions et leur capacité d’apprentissage. Le cerveau s’organise autour des menaces et ne prend plus en compte l’environnement immédiat, la salle de classe, par exemple, mais note tout ce qui se passe dehors. Mathieu a été professeur de français à Gaza pendant trois ans. Il a été frappé par l’angoisse permanente des enfants. « Cela donne des gosses qui ne dorment pas la nuit et somnolent la journée. En classe, ils sont incapables de se concentrer, de raisonner et d’apprendre. Pendant les bombardements, leur réaction est très contrastée. Les gamins sont, soit prostrés, bloqués, sans réaction, soit, ils paniquent totalement. Pour les parents, c’est très dur de réagir à cela. Ces enfants ont un énorme besoin de protection. Mais tu ne peux rien faire. La seule chose que j’ai trouvé à mettre entre ces enfants et leurs angoisses, c’est ma propre absence d’angoisse. Ce que l’immense majorité des parents ne peuvent pas faire. »

De l’angoisse à la révolte

Face à l’affaiblissement des parents, certains enfants développent une maturité précoce et un sens aigu de la débrouillardise. « Ils endossent rapidement des responsabilités, note Marc Abramowicz, psychologue de l’Université libre de Bruxelles et militant pour les droits des Palestiniens. Mais manifestent également des réticences à obéir à des parents qui ont perdu leur crédibilité. Ceux-ci sont humiliés, incapables d’accomplir leur premier rôle : protéger leurs enfants. Le père est remis en question, il est déconsidéré, au chômage, dépressif, rongé par un sentiment d’impuissance. »

La perte de crédibilité des parents est une des explications de l’Intifada avancée par la libanaise Sylvie Mansour. Cette psychologue a étudié le rôle des jeunes lanceurs de pierres dans le déclenchement de l’Intifada, en décembre 1987. Selon elle, par leur combat, ces jeunes secouent « l’impuissance apprise » des adultes qui les entourent. En effet, face à la violence endurée depuis 60 ans, les enfants palestiniens sont les héritiers d’une tradition d’endurancedéveloppée par leurs familles. « Ils portent sur leurs épaules, observe la psychologue, les humiliations et les frustrations qui ont fait le pain quotidien de leurs arrière-grands-parents, de leurs grands-parents et de leurs parents ; ils ont grandi et continuent à grandir au rythme des drames qui secouent les familles en Palestine, leurs voisins, leurs parents éloignés au Liban ou en Jordanie. » Aussi refusent-ils de vivre passivement un drame injuste qu’ils ne comprennent pas. « Ils ont une conscience politique et une conscience aiguë de leur identité palestinienne. Celles-ci débouchent tout naturellement sur l’idée d’une action, d’un combat à mener. »

Délier les langues

La parole, qui permet de comprendre et de s’exprimer, peut également aider à surmonter les violences subies. L’exercice relève toutefois du tour de force. « Dans le monde entier, quand on souffre, on se referme. A l’indignation, on rajoute de l’humiliation. On ne raconte pas ses malheurs. Alors, qu’il faut au contraire en parler ! » A Qualquilia, une ville de Cisjordanie complètement encerclée par le mur de séparation entre Israéliens et Palestiniens, Marc Abramowicz forme ainsi des instituteurs et des mamans à l’aide psychologique via des groupes de parole. « Au début, les langues refusaient de se délier. Les participants se bornaient à déclarer vivre ce que tous les Palestiniens vivent ! Les gens savent que le psy palestinien connaît aussi ses difficultés, du coup ils sont gênés d’en parler. Tout le monde est touché par la souffrance, mais il y a des nuances. Or, cette souffrance est parfois très grave. » Puis sa position de psychologue étranger a libéré les paroles.

Ses groupes de parole utilisent la technique des jeux de rôles. Une personne joue le rôle de l’enfant, pendant que les autres observent et interprètent. Parfois, la technique du psychodrame est également employée. Tout le groupe rejoue alors un évènement vécu ou inventé, mais toujours à partir d’un cas réel. Ces jeux et discussions permettent d’identifier la cause du comportement problématique. Marc se souvient particulièrement du cas d’Ali. « Cet enfant de onze ans ne savait plus dormir sans lumière. Toute la nuit, il restait sur son lit sans bouger. Les sessions de groupes ont fait ressortir l’idée que cet enfant se sentait responsable de sa famille, il veillait sur elle, toujours aux aguets. » Hypermature et fragile à la fois, cet enfant était un cas de « faux self » (2). « Il arrivait toujours en retard à l’école. Qu’on le sermonne, le punisse ou l’accueille avec des bonbons… rien n’y changeait. Après avoir reçu la formation, son prof s’est penché sur son problème. L’enfant quittait sa maison à l’heure, se dirigeait vers l’école et puis restait sur place, perdu. Le professeur a réalisé que l’enfant s’arrêtait parce qu’il n’était pas certain que sa maison et ses parents seraient encore là quand il reviendrait. »

Dans les écoles de l’Unrwa, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, lorsque l’école a pu reprendre à Gaza, après l’assaut israélien de l’hiver dernier, les premiers jours furent consacrés à parler de ce qui s’était passé pour chacun. Des classes ont même organisé des psychodrames. Pour le Docteur Al Borno, de l’Unrwa, ces jeux de rôles sont le moyen le plus rapide de gérer les chocs post-traumatiques sévères. D’autres activités – comme la rédaction d’une lettre aux enfants du monde entier ou à une personne en particulier en Cisjordanie, ou le récit au travers d’un dessin de son propre vécu – permettent aux enfants de se soulager de leurs peurs.

L’enfant et le soldat

La psychologue Sylvie Mansour a étudié les jeux des enfants de Gaza et de Cisjordanie. Elle constate qu’ils ne jouent pas aux cow-boys et aux Indiens, mais bien aux Israéliens et aux Palestiniens. Leurs scénarios reprennent des scènes qu’ils ont vécues ou qu’on leur a racontées. « Le jeu permet à l’enfant de venir à bout, sous une forme symbolique, des problèmes non résolus du passé, et d’affronter – d’une manière symbolique ou directement – les conflits du moment. » L’enfant va chercher les éléments de son jeu dans la réalité qui l’entoure : les manifestations, les arrestations, les enterrements, les confrontations violentes avec les soldats. Il répète la scène, lui impose des variantes, l’apprivoise jusqu’à ce qu’elle lui procure un sentiment de maîtrise, afin de faire face à l’accumulation des traumatismes quotidiens auxquels il est confronté. L’enfant troque ainsi son rôle passif contre un rôle actif. « Ce n’est plus le soldat israélien qui a tout pouvoir, mais lui l’enfant qui, l’espace d’un instant, s’identifie au soldat ou met en scène sa défaite dans un « combat » sans merci dans l’aire transitionnelle du jeu. »

(1) Les états de stress chronique accompagnés d’une sécrétion élevée et continue de cortisol peuvent aussi faire apparaître des immunodéficiences avec infections. (2) Le « faux-self » est une des formes de perturbation de l’identité de la personne. C’est la personnalité dont on s’habille pour plaire aux autres, depuis le plus jeune âge.

Bruno Stevens : « Les enfants endossent un rôle d’adulte »

Photojournaliste belge, Bruno Stevens a effectué plusieurs séjours en Palestine. Il était l’un des rares photographes à être resté sur place, lors de la dernière incursion israélienne à Gaza.

Vous avez arpenté les territoires palestiniens en situation de conflit, quelle est l’expérience qui vous a le plus touché ? J’ai vu une petite fille de trois ou quatre ans prostrée par la peur. Une peur globale. Je me suis rapproché, elle a hurlé. Alors, je me suis arrêté puis rapproché par étapes, avec l’accord de sa mère. Quand j’étais tout près et que j’allais partir, elle m’a pris la main, très vite et l’a embrassée. Elle n’avait pas peur de moi. Elle avait peur de ce qui ne faisait pas partie de son monde.

A quoi jouent les enfants ? S’ils jouent encore ?

La plupart ne jouent pas et ont endossé un rôle d’adulte. Ils se substituent aux membres de la famille qui ne sont plus là. J’ai été impressionné par un gamin de quatre ou cinq ans nettoyant sa maison à grands coups d’eau, après un incendie. A Rafah, j’ai vu des enfants vendre de l’essence en bouteille. Ils ne font pas cela pour l’argent, mais pour affirmer leur appartenance à leur famille, comme unité de production.

La guerre joue-t-elle sur les liens familiaux ?

Elle les renforce. J’étais accueilli chez un journaliste local, dans un camp de réfugiés. Au début ils étaient 8… puis 17, puis 25 au final. Après l’agression, des gens qui retournaient chez eux et qui ne retrouvaient plus rien, allaient alors chez un parent. Là bas, quand on parle de famille, c’est au sens large.

Publié dans Imagine Demain le monde de Janvier 2010

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